samedi 22 décembre 2018

Intro

Bonjour,

Ouverture d'un nouveau chapitre. Enfin j'espère... J'espère que cette intro aura un jour son outro, à la manière des albums de rap qui traînent quelque part dans mes pochettes de disques. Que le chemin(ement) qui s'amorce ici ne ne me renverra pas dans quelques mois ou quelques années à la case départ mais me conduira plutôt au croisement d'une route autrement plus agréable.

J'y suis, donc. Un jeune homme de 25 ans qui, honnêtement, n'a pas à se plaindre : famille unie, compagne délicieuse, job passionnant. Pas de drames à surmonter, et pas mal de projets.

Vous voyez venir le truc, il y a un hic. Un gros hic. Un énorme hic. Un hic de poids, en fait. Voici plusieurs années que j'essaie de me battre contre mon démon intérieur, ma maladie : l'obésité. Maladie, le mot est lâché car il colle à ma réalité d'aujourd'hui, celle d'un mec qui s'approche du gouffre alimentaire les yeux bandés, mais qui a décidé de se réveiller et de faire front. Ces lignes que nous partagerons, je les imagine comme celles d'un journal révolutionnaire, celui d'un révolté en quête de quiétude, de bien-être, et qui ne supporte plus le traitement qu'il s'inflige.

Ici, j'essaierais d'être le plus honnête possible. Avec vous et avec moi. Je ne crois pas à l'objectivité, je préfère prétendre à la sincérité. Et je pense que dans le processus de guérison que je me dois d'amorcer, cette fenêtre sur le monde et sur les autres a son importance.

- Je suis un obèse morbide, et ça ne peut plus durer -

vendredi 21 décembre 2018

Diagnostic

Pour savoir où l'on va, autant savoir d'où l'on part. Pour commencer, je vais donc enlever le bandeau qui masque la vue. Je sais que ça va être rude, mais ce ne sera après tout que le reflet du Sylvain d'aujourd'hui.

J'ai trouvé un site, doctissimo pour ne pas le citer, qui permet de calculer l'indice de masse corporelle (IMC). Je vais donc pouvoir me situer dans le large monde de l'obésité grâce à un simple chiffre calculé à partir de ma taille et de mon poids.

Je fais 1,83 m et pèse à l'heure où je vous écris 135 kg. Premier choc, pas le plus facile à encaisser. Mais un chiffre ne ment pas. Voyons l'IMC et le bilan du site :

Votre Indice de Masse Corporelle (IMC) est : 40,3

Votre poids est beaucoup trop important compte tenu de votre taille. Vous souffrez d’obésité, et cela signifie que vous êtes exposé à un risque non négligeable de contracter des maladies cardiaques (infarctus), vasculaires (accident vasculaire cérébral, insuffisance veineuse) ou métaboliques (diabète). Cette obésité peut aussi être à l’origine d’essoufflement, de fatigue, de douleurs dorsales ou articulaires et difficultés psychologiques qui perturbent sérieusement vos activités quotidiennes. Heureusement, même une perte de poids modérée (5 à 10 %) peut avoir un effet positif sur votre santé et votre mental, à condition bien sûr de ne pas reprendre les kilos perdus. Dans cette optique, il serait judicieux de pratiquer tous les jours un peu plus d'activité physique et de réduire la part des graisses dans votre alimentation. En tous cas, une consultation avec votre médecin s'impose, pour qu’il fasse le bilan de votre maladie et envisage avec vous les méthodes de perte de poids, ainsi que les éventuels traitements possibles. Les associations de patients peuvent aussi vous fournir des conseils et une aide psychologique précieuse.

jeudi 20 décembre 2018

Obésité morbide

L'expression est lâchée. Pas plus loin que sur ce cher site doctissimo, j'apprends que je ne souffre ni d'obésité modérée (IMC entre 30 et 35) ou même sévère ( entre 35 et 40) mais de la Rolls des modèles du catalogue, l'obésité morbide. Pas très rassurant hein ! Grâce à un texte laconique définissant cette fine fleur du surpoids, j'ai l'immense soulagement d'apprendre que je peux candidater à une opération puisque je dépasse l'indice de masse corporelle 35. Quelle classe !

Plus sérieusement, pas question d'envisager d'opération pour l'instant. J'ai du mal à croire qu'un coup de bistouri ou même un pompage de graisse en règle résoudra mon problème de départ concernant le rapport à la nourriture. On m'informe aussi que je fais partie des 0,6 % de personnes concernées par l'obésité morbide.

En fouillant un peu, j'apprends également qu'on distingue obésité androïde et obésité gynoïde. Autrement dit, ceux qui accumulent la graisse majoritairement dans le haut du corps ou ceux qui prennent plus dans le bas du corps. J'aurais tendance à dire que je prends de partout, mais à choisir j'imagine que je me situe plutôt dans la première catégorie. Pas de chance, car il est écrit que c'est la plus dangereuse pour la santé. Cependant, elle serait plus facile à vaincre.

mercredi 19 décembre 2018

Les fêtes

Entre Noël et 1er de l'an, après dinde, marrons, foie gras, champagne et bûche et avant tout le reste, voilà un petit aperçu de ces jours de fête dans l'oeil du gros que je suis.

* Regards, gestes et paroles *

Sans négliger la paranoïa que peut entraîner le sentiment d'échec et de honte liée à l'obésité, il y a quand même ces regards. Ceux de la famille, ils ne trompent pas. On connaît trop bien tous les membres de la tribu pour remarquer sans doute possible que cette accolade est un peu trop franche (toi, t'as besoin de soutien), que cette remarque n'est pas anodine (toi aussi tu étais un beau bébé de 3,5 kg, t'as pas changé depuis), que ce regard maternel est légèrement mouillé (mince, il est retombé dans la marmite).

* Habits de fêtes *

L'un des exercices les plus éprouvants pour un(e) obèse demeure le tour des boutiques de fringues. De frustration en frustration (pas de taille assez haute, excuses contrites des vendeuses, modèles coupés pour répondre à la norme...), j'ai fini par me lasser et m'user devant ces petites humiliations à répétition, déjà que je goûtais moyennement aux joies du shopping. Résultat, pas de tenue classe pour Noël, les chemises d'hier étant déjà trop étriquées pour accueillir mes rondeurs trop généreuses. Petit miracle, l'une d'entre elles restée au domicile familial affiche un bien tentant XXL sur l'étiquette. C'est une chemisette, noire, mais elle fera l'affaire.

* C'est cadeau ! *

Mais ce n'est pas l'épilogue de ce conte de Noël. J'ouvre tranquillement la valisette marron étiquetée Devred qui m'a été déposée au pied du sapin, et déplie avec joie un superbe manteau noir très à mon goût. Je l'enfile vite, un brin angoissé, et m'aperçoit justement qu'il est un peu court. " La vendeuse m'avait pourtant dit que ce modèle taillait haut, regrette ma mère. Mais ce n'est pas grave, il existe en plus large et je vais l'échanger. " Quelques jours plus tard, elle revient avec un chèque-cadeau : " Il n'y a pas de taille au-dessus dans ce modèle, la jeune fille qui m'a servie a dû se tromper... Tu veux aller faire un tour pour te trouver un autre modèle ? " Non.

mardi 18 décembre 2018

Le chant des sirènes

Irrésistibles tentatrices mythologiques, les sirènes furent bien proches d'engloutir Ulysse et de le tirer vers les bas fonds malgré tout son courage. Attaché au grand mât de son fier navire, il débordait de désir en d'envie mais sa malice le sauva d'une douloureuse expérience.


Aujourd'hui, allumer sa télévision, parcourir les publicités qui s'amoncellent dans la boîte aux lettres ou même se balader en milieu urbain nous jettent en pâture aux sirènes de la publicité. Et particulièrement aux slogans suggestifs et aux images langoureuses associées aux plaisirs salés et sucrés. Pas moyen, ici, de s'attacher vaillamment à son frigidaire ou encore de se lier les mains aux pieds de la table en attendant que passe l'épreuve : elle est permanente, polluant notre espace de vie et nous obligeant à réaliser des contorsions mentales pour lutter jour après jour face à la tentation, en risquant à chaque instant de se retrouver face à face avec elle.



Quand on veut maigrir, je dirais même guérir de l'obésité, difficile de compter sur la clémence et le soutien de l'environnement contemporain. Pistons géants de la gargantuesque machine à consommer, les procédés publicitaires balancent en permanence à nos cerveaux des ondes positives autour de produits qui le sont nettement moins. " Ne culpabilise pas, ce fin chocolat n'est qu'un présent pour tes papilles ", " Tu es triste, retrouve la joie et le bonheur en avalant ces irrésistibles gâteaux apéritifs ", " Tu es en manque d'affection, laisse-toi caresser la gorge par cette glace onctueuse et délicate "... sussurent à nos oreilles naïves les sirènes de l'industrie agroalimentaire.

lundi 17 décembre 2018

Homéostasie, un bien pour un mal

Peut-être que parmi les quelques lecteurs de passage de ce blog, certains ont-ils des notions avancée de biologie ou de médecine. A ceux-là et à quelques autres qui auront par un biais ou autre pris connaissance de la réalité scientifique du terme, le concept d'homéostasie ne sera pas totalement inconnu. Ici, je vais cependant employer la réalité symbolique de l'homéostasie en psychologie. Et je vais tâcher d'être le plus explicite et le plus clair sur ce sujet.

Un peu de biologie

En biologie, l'homéostasie est la capacité que peut avoir un système à conserver son équilibre malgré les contraintes extérieures. C'est donc un état protecteur qui permet de conserver une certaine harmonie.


C'est un peu pareil pour ce qui concerne l'aspect psychologique, ou plus précisément l'angle d'étude de cet organisme si particulier qu'est la famille. L'approche systémique de la famille défend l'idée que la cellule familiale fonctionne comme un système où les individus qui la composent sont en interaction permanente. Et c'est là qu'intervient l'homéostasie qu'on pourrait associer à l'idée d'équilibre familial.

Comme un mur

Concrètement, voici ce qui se passe : une famille heureuse a trouvé son équilibre avec chacun de ses membres, même si ceux-ci ont des soucis. C'est là qu'intervient le rapport aux problèmes de poids. La cellule familiale a intégré ce handicap et c'est un des éléments sur lequel est construit l'équilibre (un peu comme l'un des parpaings qui composent un mur et le soutiennent, même s'ils sont abîmés). Et dès que l'on veut toucher à cet élément, cette maladie, cela risque de transformer l'état d'équilibre d'origine.


Ca peut paraître contradictoire mais la famille, qui nous aime, nous encourage à combattre l'obésité mais craint les conséquences de la transformation et de la "guérison" qui pourraient mettre en péril ce fameux équilibre. Inconsciemment, elle peut donc participer à l'échec de ce processus de lutte. Comme les membres de la famille, même les plus proches comme le/la conjoint/conjointe, aiment l'obèse tel qu'il est, il est fréquent qu'ils aient peur, au fond d'eux-mêmes, de ce que pourrait impliquer le changement physique : "M'aimera-t-il/elle encore quand il/elle se sentira bien dans son corps ?", "Est-ce qu'il/elle aura encore besoin de moi ?", "Va-t-il/elle beaucoup plus séduire et donc risquer de me tromper".

Un lien distendu... ou rompu

Ce n'est donc pas simple, et nos plus proches alliés, ceux qui savent nous réconforter, peuvent aussi se révéler être des barrières à notre épanouissement personnel. Mais c'est très involontaire, c'est même totalement inconscient la majorité du temps. Pour faire une autre comparaison, il arrive qu'étrangement un individu très malade serve de catalyseur à l'amour familial, qu'il ait cette place très particulière qui lie tous les membres de la famille par un lien fort d'amour, et qu'une fois guéri la structure familiale se fissure. En effet, chacun avait une place bien précise autour du malade et donc de sa maladie, celle ci partie il faut entièrement se reconstruire !

J'espère avoir été assez clair, et n'avoir choqué personne car c'est un sujet des plus délicats. Mais je tenais à parler de cet aspect relativement méconnu et pourtant bien réel qui participe à la réussite ou à l'échec d'un régime de longue haleine.

dimanche 16 décembre 2018

Obèse et fière de l'être !?

Il y a quelques années, je zappais nonchalament, les fesses vissées dans le canapé parental, quand la télécommande me guida sur un programme à succès, diffusé sur le service public, qui devait s'apparenter au style de Delarue. Le hasard faisant bien les choses, une dame plutôt bien plantée intervenait pour parler de son apparence physique et de la façon dont elle le vivait.

Grosse fierté

Et là, je n'en crus pas mes oreilles : elle se vantait, elle fanfaronnait, elle claironnait sa "fierté" d'être une personne grosse. Incroyable ! Je veux bien croire que certains voient en la méthode Coué un traitement efficace, moi pas trop à dire vrai, mais là, ça dépassait l'entendement. Elle prétendait, et je veux bien croire en son honnêteté, que son obésité ne gênait que les autres, qu'elle vivait parfaitement avec son corps et qu'elle se sentait très bien.

Troublé...

Bon. Là, y'a quelque chose qui m'échappe. Prenons les aspects purement pratiques : elle devait sans doute enlever ses kilos pour dormir, afin d'éviter les troubles du sommeil généralement constatés auprès des personnes ayant des problèmes de poids, les laisser sur le bord de la route lorsqu'elle allait se promener et monter des marches, pour ne pas avoir le souffle court et la langue qui pend au bout de quelques minutes. Elle devait probablement aussi apprécier d'avoir toutes les peines du monde à trouver des vêtements à sa taille, qui plus est avec du style, goûter au plaisir infini d'avoir les muscles affaiblis ou encore se régaler à l'idée que son espérance de vie avait sérieusement diminuée.

Intérieur/extérieur

Sur le plan psychologique, elle devait aussi posséder une force mystérieuse permettant d'ignorer en permanence les regards de pitié et autres merveilles de la vie d'obèse en société. Impensable... Je garde un souvenir noir de cette émission. Non que je veuille pointer du doigt cette femme pour son comportement, tant mieux si elle vit bien avec son handicap et qu'elle s'en vante même, mais donner cet exemple-là à une foule d'obèses sensibles, j'ai trouvé ça indigne. Et tout ça finalement pour coller à cette maudite maxime démagogique : " L'important, c'est ce qu'il y a à l'intérieur " A l'intérieur du corps d'un obèse, il y a des organes qui souffrent et souvent un coeur en peine. Alors l'intérieur...

samedi 15 décembre 2018

Le mensonge

C'est frappant comme la conviction que l'on peut avoir pour se voiler la face est puissante. Alors que je voulais faire un premier point sur l'avancée du régime, j'ai retrouvé la feuille sur laquelle j'avais inscrit mon poids il y a quelques semaines, juste avant de prendre la décision d'arrêter les dégâts et de m'attaquer à mon obésité morbide.

Et bien, et j'en suis le premier surpris, je pesais alors 140 kg, et non 135 comme je me le mettais martel en tête. Pouvoir étonnant du cerveau, j'ai perdu 5 kg en un tour de passe-passe. La bonne nouvelle, ma surprise passée, c'est que je fais au pesage de ce matin 139 kg, soit un kilo de moins déjà que mon état d'origine. C'est bien peu à l'égard de ce que je dois perdre pour retrouver forme et énergie, mais c'est un premier pas plutôt encourageant.

vendredi 14 décembre 2018

Un numéro de soliste


Se lancer dans un régime au long cours, c'est jouer les premières notes - souvent celles que l'on retient le mieux - d'un numéro de soliste. Seul sur la scène immense des jours de lutte qui s'annoncent, il faut avec dévotion soigner l'instrument que souvent on déteste, son propre corps. Caisse de résonance des fissures, des douleurs, des tensions, l'enveloppe corporelle est devenue un peut trop maousse, il faut la faire tourner au son de la volonté.

Car maigrir, c'est surtout pouvoir défier le désir, sans pouvoir compter sur un autre que soi. Bien sûr, dès la décision de se lancer dans la fonte des graisses entérinée (moins dangereuse que la fonte des glaces), les images de saveurs grasses et de riches effluves se bousculent. C'est très vite une obsession. Hantise légère pour certains, si lourde pour d'autres. Une note de travers, une douceur qui se perd dans la gorge et c'est tout le musicien qui peut flancher.

Pourtant, il faut laisser s'échapper la malheureuse, s'envoler l'affront fait à la partition rêvée de la valse des kilos pour reprendre avec courage le fil des premiers efforts. C'est la répétition de ces derniers qui apportera la plus belle des gratifications, le plus beau des salaires. Je vois la réussite du concerto fortissimo se jouer là, dans la résistance acharnée que l'obèse met en place contre ses propres fausses notes, malgré la partition noircie de bonnes intentions qui se dérobe sous ses pieds. Faillir est une chose, même les plus imperturbables maestros connaissent ce dérapage, défaillir est en une autre.


Et face à la salle gorgée de spectateurs, proches comme inconnus, il faut savoir se remettre le refrain dans la tête, après l'écart, sans compter sur les rangées qui composent l'assistance. Même au premier rang, les conjoints, membre de la familles et amis sont impuissants si, le souffle coupé, déstabilisé, le plus volontaire des musiciens sort de son morceau, et quitte avec fracas les planches du combat qu'il a arpentées. Au contraire, il peut se réapproprier l'essence de sa composition, laisser la puissante mélodie de la rébellion guider à nouveau ses mains vers le plus sain... en attendant le final étourdissant - une vraie fanfare - de la victoire sur soi que l'on rêve de célébrer.

jeudi 13 décembre 2018

S'oublier, se punir


En entrant dans le monde noir et adipeux de l'obésité, on en profite pour massacrer dans de grandes largeurs son estime de soi. Pas question par là de stigmatiser l'abandon du soin de soi au sens où il serait à l'origine du gouffre du surpoids, mais au contraire de mettre l'accent sur une difficulté majeure de l'obèse face à son image. Quand on avale plus que l'on mange, quand on se remplit bien au-delà de la satiété le ventre de sucre et de gras, on se venge, on noie son chagrin où on se punit.

Un bel animal effarouché

On tente en fait de réparer maladroitement un système affectif défectueux. Avec pour seul résultat de tarir encore un peu plus à chaque occasion la source de la valeur que l'on se porte. Parmi les premiers pas à faire pour redresser la tête, il faut donc estimer qu'on le mérite. Voilà une tâche difficile, très difficile. Mais c'est une prise de conscience cruciale. Le gros a souvent oublié la valeur qu'il pouvait avoir à cause de frustrations diverses, de rejets ou encore pire d'humiliations. Repartir du bon pied, c'est donc remettre à jour ce sentiment enfoui profondément, réveiller le bel animal effarouché qui s'est tapi dans l'ombre. On va se battre contre l'obésité parce qu'on ne mérite pas les souffrances qui en découlent.

mercredi 12 décembre 2018

Sexe : le grand désordre

Dans le grand corps des relations aux autres, la relation sexuelle caresse les tréfonds de l'intimité. Une intimité qui est mise à mal par les problèmes de poids, particulièrement lorsqu'on entre dans le cadre de l'obésité. Il y a d'abord ce corps malhabile et peu pratique, et puis surtout l'état de rejet de son être, qu'il soit pensant (et donc désirant, fantasmant) ou fait de chair (et donc capable de toucher, être touché).

Forme physique : C'est une évidence, mais on ne fait pas nécessairement l'association clairement. Il est plus commode de visualiser un "gros" ou une "grosse" peinant lors d'une activité physique du quotidien ou sportive qu'essouflé et inconfortable lors d'un rapport sexuel. Pourtant, c'est une barrière majeure.

Au niveau tactile, la perte de sensations est déjà palpable. L'obèse est de manière contradictoire très conscient de son enveloppe corporelle et donc hypersensible au toucher mais aussi gêné par le contact d'une peau étrangère avec la sienne. D'autre part, il ne peut pas choisir la position qu'il veut, ce qui freine l'imagination et la variété dans le couple. Son coeur s'emballe plus vite - le facteur de risque est d'ailleurs bien plus élevé que la moyenne pour les affections cardio-vasculaires - et il est limité dans le temps lors des rapports qui impliquent le plus d'efforts physiques.

Le risque est donc très fort d'arriver à une pratique limitée, parfois avec peu de pénétrations, voire circoncise à des attouchements, rapports bucco-génitaux et masturbations. A terme, cela peut endommager la passion dans le couple, ou la transformer en simple affection, toute sincère et profonde soit-elle.


Forme psychologique : Le handicap de l'obèse dans la pratique sexuelle est encore bien plus criant à cause des mécanismes de dénigrement qui s'activent dans sa tête. Comment permettre à ce corps que par ailleurs on rejette à cause des tourments qu'il nous cause de se laisser aller. Pour s'abandonner, surtout à un autre, il faut s'en donner le droit. Difficile de récompenser par cet acte de lâcher-prise et de plaisir pur un corps que l'on a négligé, à qui l'on a déjà fait payer le prix de ses fissures intérieures.

Se prêter pleinement aux jeux sexuels, c'est trouver l'écho au narcissisme qui se cache en chacun de nous. Celui-ci souffre tellement des problèmes d'identité liés au poids (surtout dans le regard de la société et de ses codes martelés) qu'il se terre en attendant des jours meilleurs. Pire, l'abstinence sexuelle, la détérioration des rapports ou même l'insatisfaction de ses désirs donne du grain à moudre pour aller s'abandonner (car là, pas de souci) sur la nourriture. Processus vicieux, et destructeur puisque l'un aggrave l'autre.

Il y a déjà, peut-être, un pont à trouver entre le processus qui amène au surpoids massif et le rapport à la séduction. Grossir à outrance, c'est aussi s'écarter du bal étrange des désirs qui s'entremêlent, des attirances qui se cherchent. En clair, devenir "hors-normes" physiquement permet de se construire un mur face à la question de la séduction, et donc du risque de rejet...

mardi 11 décembre 2018

Tous comme Benjamin

Par un après-midi plutôt trempé et frisquet de mars - c'était hier, mercredi, j'ai emmené ma compagne à l'excellent cinéma tourangeau Studio, à la programmation riche et à l'ouverture sur le monde affirmée. Cette fois-ci, c'était pour y découvrir "L'étrange histoire de Benjamin Button" du non moins étrange mais passionnant réalisateur David Fincher (on lui doit de mémoire Se7en, épatant thriller, le cultissime Fight Club - avec déjà le beau Brad dans les deux - ou encore le labyrinthique The Game. Plus récemment, il nous avait offert un Zodiac très apprécié de la critique).

Passons sur le film, bon mais pas génial, généreux mais pas toujours servi par des dialogues, des performance d'acteur ou des scènes aussi fines que l'on aurait pu le souhaiter. Je vais plus m'attacher au symbole, car c'est en retrouvant l'air frais du dehors après plus de 2 h 30 de confinement divertissant que j'ai pensé à une analogie entre ce bébé-papy qui devient un pépé-baby et l'évolution dans le temps d'un obèse qui se transforme.

On peut aisément admettre, étant donné l'état actuel de la science, qu'il est impossible de rajeunir au sens chronologique, c'est à dire remonter dans le temps. Pourtant, la réalité est assez différente pour ce qui concerne notre organisme, et notre esprit. Arrêter de fumer ou de consommer trop d'alcool lorsqu'il en est encore temps, c'est scientifiquement accroître son espérance de vie, et permettre au corps de soigner ce qui n'est pas perdu dans l'enchevêtrement complexe de nos entrailles. Quelque part, c'est donc un processus d'assainissement qui peut s'apparenter à une cure de jouvence !

La fontaine magique qui transforme les cheveux blancs en cheveux bruns (ou roux, ou blond, ou châtains, n'oublions personne) n'existe pas, et les produits miracles ne cachent pas bien longtemps les traces du vécu, même un bistouri travailleur ne fait que transformer un visage humain en une face hybride entre statue de cire et créature d'une autre galaxie. Par contre, le soin que l'on donne à son enveloppe corporelle, ses organes et son cerveau peuvent tout à fait "rajeunir".

Gagner du terrain sur l'obésité, c'est retrouver petit à petit un sommeil apaisant, sentir à nouveau de la tonicité, faire souffler ses muscles, ses os, ses organes soumis à rude épreuve, redonner un coup de frais à la couche de peinture maussade de nos états d'âme, aérer le cerveau en le délestant de la culpabilité, l'inconfort et le spleen... remettre de la vie dans un ensemble affecté et souffreteux. Si ça ce n'est pas un coup de jeune ! Ca vaut bien mieux que tous les looks djeuns affichés par quadras et quinquas pour rester dans le coup, mobiles dernière génération et cours de tecktonik.

En avant jeunesse !

lundi 10 décembre 2018

Une belle journée par - 20

A vue de nez, il doit faire environ - 20° de l'autre côté de l'Atlantique, chez nos frères et soeurs du Québec, patrie chère à mon coeur puisque ma promise est née là-bas, en la fascinante cité de Montréal. Mais vous vous doutez bien que je ne vais pas vous emmener dans une discussion météo.



Je me suis dit, au contraire, que je ne vous tenais même pas au courant de l'évolution de mon régime. Pas bien ! Je rectifie le tir ici pour vous annoncer une bonne nouvelle, la pesée matinale m'a confirmé la perte, depuis que j'ai lancé la chasse aux bourrelets, de 20 kg. On a beau dire qu'il ne faut pas trop créer de lien de dépendance avec la balance, ça fait beaucoup de bien de voir se traduire les efforts en chiffres flatteurs !

Moins de bide,
moins morbide

Parti de 140 kg, je pèse donc à l'heure où je vous parle approximativement 120. Voilà une petite moitié du chemin d'effectuée, parce que j'ai l'espoir d'en perdre encore autant et ce sera plus long et plus dur, j'en suis conscient. Selon les critères glanés sur le web à propos de l'Indice de Masse Corporelle, je ne serais donc plus un obèse morbide mais presque un obèse modéré. Ca tombe bien, c'est à peu près mes opinions politiques, modéré ! Plus sérieusement, voilà une belle journée par - 20 kg. Je vous laisse... j'ai une balance à embrasser.

PS : Merci Flickr pour les photos, pour ceux qui avaient un doute ce n'est bien sûr pas moi sur celle-ci qui m'éclate !

dimanche 9 décembre 2018

Ce nouveau moi

Dans mon appartement, il n'y a pas de miroir. Très peu en fait, un petit dans une chambre où je ne vais jamais, un moyen dans la salle de bain que je ne regarde jamais. Je n'ai donc pas eu loisir, et pas eu envie étrangement, de suivre au jour le jour le reflet de mon corps en mutation. Mais
on n'échappe pas à cette froide rencontre avec soi aussi facilement.

Mnm en boîte

D'ailleurs, je n'ai pas eu l'impression de chercher à l'éviter. Éviter les glaces gelant l'image d'un visage et d'un corps que je ne supportais plus, c'était juste inscrit en moi. Ce jour-là, c'était il y a deux jours, je suis pourtant tombé en arrêt sur un mnm (mon nouveau moi, ou encore my new me) croustillant à souhait. Bien que je prenne soin de grimper avec ardeur les marches d'escalier séparant l'entrée du bâtiment où je travaille des salles de rédaction, il me fut plus pratique pour faire un aller-retour express entre 2e étage et palier de me mettre en boîte, comprenez de prendre l'ascenseur. Et là, le choc.


Un bon choc ! Un choc qui vous colle aux lèvres un sourire impossible à réprimer en fait. Je voyais le Moinsvingtsylvain, juste en face ! Passé ces quelques instants d'étonnement et de ravissement, devant ces traits amincis et cette allure sur la voie du retour, vint le temps des questions. Et lorsque l'on est seul dans un ascenseur, il est possible de se les poser à voix haute, fixant intensément son autre personne.

Toi, tu vas changer !

Alors, c'est toi ? Pendant un instant, j'ai eu un doute... Pas mal ton évolution, mais y'a encore du boulot. T'inquiètes pas, j'y veille. Précieusement. Il faudra que j'apprenne à te reconnaître, parce que je n'ai pas l'attention de te perdre de vue à l'avenir pour recroiser les traits épais de celui qui t'a précédé. Je vais même être assez clair avec toi enfin... moi quoi. Tu vas encore changer, désolé de te le dire mais ta présence sur terre sera limitée. Le prochain te ressemblera pas mal, mais son bien-être se verra encore plus. Ce sera l'image d'un gars à l'aise dans ses vêtements, dans sa tête et dans sa vie. Il me tarde de le rencontrer, mais je ne suis pas trop pressé...

samedi 8 décembre 2018

A la rencontre de mon médecin mystère

Je ne connais pas mon médecin. Enfin, c'est plus compliqué... Celui qui m'ausculte, me prescrit des médicaments et m'ordonne de me déshabiller prestement pour procéder à quelques vérifications d'usage (le bon état de la tuyauterie, par exemple), je vois très bien qui c'est, ne vous inquiétez pas. Mais en ce moment, ce n'est pas le médecin le plus important, celui dont les conseils affectent le plus mon quotidien de gros rebelle (ou rebelle gros, c'est vous qui voyez).

Non, celui dont le cas m'intéresse, là maintenant, c'est l'auteur du bouquin qui me sert de canne blanche dans la nuit d'ivoire de l'obésité. Pierre Dukan. C'est écrit dans un joli orange, sur la couverture à la fois zen (les couleurs) et technique (le mètre de couturière, c'est pas franchement glamour... mais y'a-t-il du glamour dans la grosseur suprême ?) du "Je ne sais pas maigrir" sur lequel je m'appuie depuis le début de mon régime.

Au moment où je vous écrit, je lui doit quand même toutes les améliorations physiques et mentales que je vous ai décrites dans les articles précédents, ainsi que la douce sensation d'ensemble d'avoir gagné une première manche contre l'obésité. Il fallait donc que je fouille un peu pour découvrir qui se cache derrière un livre et une méthode qui me font un bien fou. Et voilà ma première trouvaille. Chouette, ce sera la première vidéo du blog !


Les présentations sont faites, et j'aime bien ce discours. Voyons donc le doc' face à un contradicteur, que je puisse cerner ce que l'on reproche à cet homme sain (saint homme, je ne m'avancerais pas).



Et bien voilà un débat qui m'intéresse. Évidemment, je suis un peu parti pris. Difficile de soutenir Monsieur Jeclignedesyeuxàcentàlheure quand il martèle que la méthode Dukan ne marche pas. Là, quand même, je sais de quoi je parle. Difficile de tirer de plans sur la comète, et d'annoncer déjà la réussite de ce régime, mais toujours est-il que les fruits qu'il porte sont frais et juteux !

Encore plus dur de suivre M. Apfeldorfer lorsqu'il joue la douce musique de "l'écoute des sensations alimentaires, ses émotions, et manger de façon apaisée" C'est beau, on dirait du Céline Dion, mais ça me semble si loin de la réalité, de la mienne en tout cas !

Et il continue : "Il ne faut pas manger quand on a des sentiments... Savoir s'arrêter... pas de régime" Sa théorie de la fée, pas très convaincante non plus. Pathétique, même. Mais bon, je suis convaincu que son discours sur un travail de fond est valide, et pertinent... avec certaines personnes ! Mais là où le Dr Dukan fait preuve d'un peu d'ouverture, en admettant que certaines personnes ont besoin d'aller voir un psychiatre, le bon Monsieur Apfeldorfer s'oppose en bloc. Alors, faut-il se méfier des "fées" ou des extrémistes de l'anti-régime ? Vous aurez compris mon choix...